Les Histoires de Catherine
Mercredi 6 mai 2009
« 8, rue des petites charrues, deuxième porte à gauche face à l’épicerie 8 rue des petites charrues deuxième porte à gauche face à l’épicerie 8 rue des ptites charrues deuzportagoch FACE A L’EPICERIE, 8 rudptitchudeuxportagofzalpisrieee… » Voilà voilà, j’y suis. Je suis en route pour une nuit de folie. Moi. Moi, Catherine Dumerle, 27 ans, presque journaliste, et, et… en paniqueeeee. Bordel mais dans quoi je me suis foutue.
Pas de panique, soufflons, respirons, reprenons là où tout à commencé.
Il y a un peu plus de six mois, on m’a quittée. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs parce que je sais faire les pâtes à la carbo, les gratins de courgettes, et les gâteaux chocolat noix de coco. Je suis attentionnée et je fais l’amour comme personne. Seulement voilà, il m’a quittée le Julien que je supportais depuis trois ans, et ma vie a chaviré. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j’ai claqué tout mon fric dans des fringues, et recommencé à voir mes copines célibataires pour faire des soirées pyjama. Je vous vois rire, les hommes. Les soirées pyjama, ce n’est pas un truc de plouc, bien au contraire. C’est LA soirée où les filles se racontent des trucs cochons…. J’ai d’ailleurs appris que ma copine Marjo avait bip le chien de son copain ! C’est dégueu. D’ailleurs, c’est cette même copine Marjo qui m’a prise en main… si l’on peut dire. Je la voyais venir avec ses « tu dois te sentir seule gnagnagna il te faudrait trouver quelqu’un gnagnagna regarde moi j’me prends pas la tête gnagnagna. ». Et les autres filles de la soirée de renchérir « c’est vrai ça tu devrais t’amuser maintenant que Julien est parti nous autres c’est ce qu’on fait et je peux te dire qu’on ne se laisse plus faire, c’est maintenant NOUS les femmes. Et oui même que rencontrebelhomme.fr nous est bien utile dans notre requête. » Rencontre bel homme point éphère ? « Oui, c’est un site internet où il y a des hommes qui s’inscrivent, et nous les filles, on n’a plus qu’à choisir ! ». Mouai.. j’étais sceptique. Fini l’homme élégant qui renverse son café sur le chemisier de madame, ou les petits mots d’amour pour l’inviter à dîner. Finis les sourires échangés qui durent deux heures, avant qu’ENFIN il se décide à venir vous aborder. C’est terminé tout ça, voici l’ère internet : vous cherchez, vous trouvez ! Il n’y a plus de doute possible, vous entrez vos critères de sélection et vous êtes sûrs de tomber sur le bon car ils vous en présentent toute une palette ! Un brun, bien musclé, mais un peu petit. Un blond, bien musclé mais trop grand ! Et si vous n’aimez pas les garçons musclés pas de panique ! Il y en a tellement sur ce site rencontrebelhomme.fr que vous trouverez forcément chaussure à votre pied. Vraiment… j’étais sceptique.
Et puis les filles m’ont ouvert un compte, avec description, annonce, photo, et tout le tralala. Le tout autour d’une vodka orange bien corsée, je ne pouvais pas y échapper. J’ai eu des tonnes de messages dans ma boîte mail pour me dire qu’untel était intéressé… mais rien ne m’intéressait moi.
Et puis un jour de totale déprime et de manque d’affection je… et bien pour le dire franchement je me suis connectée à nouveau sur ce site, toute seule. Et Vinz8 alias Vincent en a profité pour venir à ma rencontre! On a parlé… Et puis il a trente ans, vit à Paris dans le XIIème arrondissement, il n’est pas moche et plutôt gentil, travaille comme moi dans le journalisme pour un magazine ayant pour sujet les voyages. Il n’est ni trop grand ni trop petit, ni trop musclé. Je sais, il en faut peu pour une fille qui a perdu toute illusion. MAIS… il m’a proposé que l’on entretienne une relation sensuelle.
Comment ça une relation sensuelle ?
Bah en fait il m’a dit, que l’on pourrait se voir, plutôt le soir, pour se donner de l’affection, sans se prendre la tête.
Après un grand Hmmmmm (sceptique encore une fois), j’ai dit pourquoi pas. Peut être parce qu’il s’appelle Vincent et que mon premier amoureux de primaire s’appelait aussi comme ça, peut-être parce qu’il est journaliste, peut-être parce qu’il est venu vers moi tel un cyber-chevalier venant à la rencontre de sa cyber-princesse… Peut-être. Quoi qu’il en soit, tout s’est enchaîné après ce fatal « pourquoi pas » : numéro de téléphone, adresse, rendez-vous. Et me voilà, en ce jour du 20 Janvier 2009, tremblant de peur devant la porte de son immeuble, le numéro 8 de la rue des petites charrues. Vais-je le faire. Vais-je aller au bout de ma bêtise, et vivre ma petite aventure comme je l’entendais, c’est-à-dire en montant nonchalamment dans l’appartement d’un inconnu. Vais-je avoir le culot de faire à 27 ans ce que je n’avais jamais réalisé avant. Ce n’est pas le moment de faire demi-tour, je la voulais cette nuit sexy, je l’ai bien cherchée. Et la voilà ! Pour l’occasion je me suis même acheté un nouvel ensemble de sous-vêtement, noir, avec des touches de rouge, ainsi que des bas, noirs aussi, et une jupe noire, un chemisier blanc qui laisse apparaître mon décolleté juste assez pour ne pas en voir trop. Je me suis maquillée, parfumée, brushinguée, EPILEE !!! Ce serait vraiment trop bête de gâcher ça. Mais surtout SURTOUT, ne pas oublier que pour lui je m’appelle Inès. Je suis peut-être inconsciente mais pas idiote, je ne donne pas mon prénom à un inconnu du net.
« Salut ! »
Et puis, oui ce serait vraiment trop bête de gâcher ça. Je me dois d’y aller, j’en suis capable !
« Salut ! »
Je ne connais pas cette voix mais ce salut persistant laisse à croire que le destinataire n’a pas réagit. Je sens une main se poser sur mon épaule, pas de doute c’est pour moi. Je me retourne, et vois mon cyber-chevalier, dans sa rue des petites charrues, alors je lui dis salut.
« Je t’ai vu de là-haut » C’est ce qu’il a dit en montrant sa fenêtre du menton.
« Je me demandais si tu allais monter
- Moi aussi je me demandais si j’allais monter.»
Ca le fait rire. Il a de l’humour, c’est déjà ça. Il me propose d’aller manger un morceau quelque part, ce que j’accepte volontiers. Il m’emmène alors dans un petit bistrot plutôt mignon décoré de banquettes en cuir rouge. Le Sofa. Il m’offre une coupe de champagne pour bien commencer le repas, et nous trinquons à notre rencontre. Il me demande si j’aime le couscous, après quoi il en commande un, « tu m’en diras des nouvelles ». Il m’effleure la main, très vite, et très discrètement. Je suis alors coupée en deux. Mon côté sceptique me dit qu’il en fait trop, et l’autre côté voudrait se laisser aller à son naturel et à sa douceur. Il demande à déboucher une bouteille de vin pendant le repas, que l’on aura le temps de finir avant qu’arrive le dessert. On parle de tout, de nous, de rien. Je lui dis que j’habite dans le 91, que c’est plutôt loin de Paris pour aller bosser mais que le RER C ça me connaît. Que j’aime bien ce coin, car on se sent tout de suite beaucoup mieux, au calme, à la campagne. Qu’à choisir je préfère la campagne parce que ça me rappelle mon enfance à Clermont-Ferrand. Je parle, je parle. En m’étonnant de parler autant. J’ai tellement l’impression qu’il m’écoute que je n’arrive pas à m’arrêter. Quand vient le dessert, je choisis un feuilleté à la pistache et son coulis de framboises. Je me régale, je le dévore. Un point pour monsieur le chevalier Vincent. C’est d’ailleurs ce moment-là qu’il choisit pour poser à nouveaux ses yeux sur moi. Il me regarde, sans ciller, la tête légèrement penchée, un demi-sourire accroché à ses lèvres. Alors je me rends compte que je suis en train de m’empiffrer de mon dessert pendant qu’il me regarde soigneusement, je rougis (non, tout sauf ça !!!), et m’essuie les lèvres avec le plus grand soin.
« Catherine »
Hmmmm. Ne lui avais-je pas dit que je m’appelais plutôt Inès ?
« Catherine Dumerle, 27 allée de l’eau qui dort à Clermont Ferrand. »
Mon cœur se met alors à faire du tambour, mes boyaux se tordent en deux, ma bouche s’ouvre en grand, très grand. C’est Vincent. Mon Vincent. Celui des premiers bisous sur la bouche. Celui des aventures dans le champ de maïs. Celui des randonnées de vélo et des fugues dans la forêt desquelles on revenait avant 20 heures le soir par peur d’être recherchés par la police. Le Vincent des élevages de grenouilles et des cabanes dans son jardin. J’avais 10 ans et il en avait 13. Vincent… mon âme sœur qu’on m’enleva à ma venue sur Paris quand mes parents se sont séparés…
« Vincent Chaumel, 1 avenue du Pré…
-J’étais sûr que c’était toi. T’es partie sans rien dire, j’ai cherché ton adresse jusqu’à mes seize ans, mais tu étais sur liste rouge.
-On m’avait dit que tu ne voudrais plus jamais me voir.
-J’ai cru que tu ne voulais plus jamais me voir.
-Je ne t’ai pas reconnu.
-Je t’ai vue tout de suite.
-On y va ?
-On y va. »
Le chemin qui mène à son apart’ est tellement long. Mais je n’ai pas froid, Je meure de chaud. Je transpire à grosses gouttes. Tant pis, c’est Vincent.
L’ascenseur qui mène au 7ème étage est interminable. Quand on arrive à l’étage, Il fait nuit noire, et il m’emmène vers un tourbillon de désir. Il me plaque contre le mur, à moins que ce ne soit la porte, et m’embrasse… comme pour rattraper dix-sept ans. Il met les clés dans leur serrure respective, en tremblant et avec hâte. Il manque d’en casser une, emporté dans ce tourbillon. Il m’arrache tout, il ne laisse rien. Tant pis pour mon chemisier dont deux boutons ont sauté. Tant pis pour cette jupe légèrement déchirée. A là poubelle ce nouvel ensemble noir avec touches de rouge que j’avais choisi avec soin. Quant à mes bas je vous laisse imaginer ce qu’il en fait…
Carole Cotaya
pour Nuitsexy






